Le chemisage est la technique phare de la réhabilitation sans tranchée. Son nom vient de l'image : on habille l'intérieur d'une canalisation existante d'une nouvelle chemise, qui devient une conduite à part entière. Derrière cette image simple se cache un procédé précis, avec ses règles de dimensionnement, ses étapes obligatoires et ses contrôles. Voici comment il fonctionne, et ce que l'on peut en attendre.
Le principe en une phrase
Une gaine souple, imprégnée d'une résine thermodurcissable ou photosensible, est introduite dans la conduite à réhabiliter, plaquée contre la paroi par pression, puis durcie sur place. Le résultat est un tube rigide, continu, étanche, épousant exactement la géométrie de la conduite d'origine. Les professionnels parlent de gaine polymérisée en place, souvent désignée par son sigle anglais, CIPP.
La conduite ancienne sert alors de coffrage. Elle n'a plus de rôle hydraulique : c'est le chemisage qui assure l'étanchéité et, selon son dimensionnement, tout ou partie de la tenue mécanique.
De quoi est faite la gaine ?
La gaine associe un support textile et une résine.
- Le support est le plus souvent un feutre aiguilleté ou un tissu de fibres de verre. Le feutre convient à la majorité des réseaux d'assainissement ; la fibre de verre apporte une résistance mécanique supérieure et se prête bien à la polymérisation aux ultraviolets.
- La résine est choisie selon le milieu : polyester, vinylester ou époxy. Le choix dépend de la nature des effluents, de la température de service et des exigences structurelles.
Le couple support-résine, l'épaisseur de la gaine et son mode de polymérisation sont définis par une note de dimensionnement, à partir de l'état de la conduite, de sa profondeur, de la présence de nappe et des charges de trafic.
Les étapes d'un chemisage
1. Inspection et diagnostic
Tout commence par une inspection télévisée. Elle permet de relever les défauts, de mesurer les ovalisations et les contre-pentes, de localiser les branchements et de vérifier que la conduite est apte au chemisage. Un tronçon effondré ou fortement déformé ne se chemise pas.
2. Préparation de la conduite
La conduite est nettoyée par hydrocurage haute pression. Les obstacles, racines, concrétions, branchements pénétrants, dépôts durs, sont éliminés par robot fraiseur. Une dérivation provisoire ou un pompage assure la continuité de l'écoulement pendant les travaux.
3. Mise en place de la gaine
La gaine imprégnée est introduite depuis un regard. Deux méthodes existent : l'inversion, où la gaine se retourne sur elle-même sous pression d'eau ou d'air en avançant dans la conduite, et le tirage, où la gaine est tractée jusqu'au regard aval puis gonflée. Dans les deux cas, elle est plaquée contre la paroi avant polymérisation.
4. Polymérisation
La résine durcit sous l'effet de la chaleur, eau chaude ou vapeur, ou sous l'effet d'un train de lampes ultraviolettes tracté dans la conduite. La polymérisation aux UV, de plus en plus répandue, offre un contrôle précis de la vitesse de durcissement et un chantier plus compact.
5. Réouverture des branchements et finitions
Une fois la gaine durcie, les branchements, obturés par le chemisage, sont réouverts depuis l'intérieur par un robot équipé d'une caméra et d'une fraise. Les extrémités sont recoupées et traitées au niveau des regards.
6. Contrôle final
Une inspection télévisée valide l'aspect de la gaine, l'absence de plis significatifs et la bonne réouverture des branchements. Selon le marché, un essai d'étanchéité et des prélèvements d'éprouvettes pour contrôle en laboratoire complètent la réception.
Quelle durée de vie attendre ?
Un chemisage dimensionné et posé dans les règles est conçu pour plusieurs décennies de service. Les fabricants annoncent couramment une durée de vie de l'ordre de cinquante ans pour les gaines polymérisées en place, dans les conditions d'exploitation prévues. Trois facteurs conditionnent ce résultat : la qualité du diagnostic préalable, le respect de la note de dimensionnement, et la maîtrise de la polymérisation. C'est pourquoi le chemisage ne s'improvise pas et relève d'entreprises qualifiées, disposant du matériel et du personnel formé.
Le chemisage s'impose lorsque la conduite est accessible par des regards, que sa structure reste exploitable et que l'environnement rend l'ouverture de la voirie coûteuse : centre-ville, passages sous ouvrages, secteurs à forte circulation. La tranchée ouverte reste la bonne réponse lorsque le diamètre doit être augmenté, que le tracé doit changer ou que la conduite est trop dégradée. Sur un même programme, les deux approches se combinent souvent, tronçon par tronçon, en fonction du diagnostic.
Questions fréquentes
Le chemisage réduit-il le diamètre de la conduite ?
Légèrement, de l'épaisseur de la gaine. En pratique, la surface intérieure lisse de la gaine améliore l'écoulement, ce qui compense la faible réduction de section dans la grande majorité des cas. La note de dimensionnement vérifie ce point.
Peut-on chemiser une conduite qui a des branchements ?
Oui. Les branchements sont repérés lors de l'inspection préalable, puis réouverts par robot après polymérisation. C'est une étape courante du procédé.
Le chemisage fonctionne-t-il sur des conduites non circulaires ?
Oui, le chemisage s'adapte aux sections ovoïdes et à d'autres profils courants des réseaux anciens, sous réserve d'une gaine et d'un dimensionnement spécifiques.
Quelle est la différence entre chemisage et gainage ?
Dans l'usage courant, les deux termes sont proches. Le chemisage désigne le plus souvent la pose d'une gaine continue sur tout un tronçon ; le gainage partiel ou la manchette désignent une réparation localisée sur quelques dizaines de centimètres à quelques mètres.
Pour aller plus loin
Le chemisage est l'un des procédés que SA LA GARONNE met en œuvre à Toulouse, avec le fraisage robotisé et l'inspection télévisée par robot RIC. Pour savoir si votre réseau s'y prête, contactez nos équipes : un diagnostic préalable permet de vous proposer la solution la plus adaptée.